Le langage populaire
Il ne faut pas confondre le
langage populaire avec le ou les argots, encore moins avec les divers jargons
professionnels, non plus qu'avec les langues régionales de notre Pays.
Le langage populaire se forme
lentement dans la durée. Il traduit une permanence dans la façon de désigner
les choses et les gens, hors de toute culture acquise, c'est-à-dire du socle commun
à tous les petits Français constitué par le fameux "Certif". Tant
qu'il a existé, ce Certificat d'Études primaires permettait aussi bien au menuisier
de Rouergue qu'au vigneron bourguignon de maîtriser parfaitement la concordance
des temps, et les problèmes de robinets ! C'est ainsi que se retrouvent, de
génération en génération, les mêmes mots, bien longtemps après la disparition
des circonstances historiques qui ont répandu leur usage.
Pendant la guerre 1939-1945, le
Maréchal Pétain n'a jamais désigné autrement les Allemands, dans toutes ses
conversations privées, que par le qualificatif : " Les BOCHES ", expression
née pendant la première guerre mondiale, et qui subsiste encore au début du
XXIème siècle, chez les enfants encore vivants des combattants de 1914-1918,
même si cette expression a perdu depuis longtemps toute connotation péjorative.
En 1870, l'État allemand
n'existait pas encore. Depuis la bataille de SADOVA, en 1866, la Prusse
dominait les États germaniques. Lors des hostilités entre la France et
l'Allemagne, et après le désastre de Sedan, pendant le siège de Paris, tous les
soldats ennemis étaient désignés sous le nom de "Prussiens" aussi
bien par les militaires que par les civils.
Au cours des années 1940-1944,
ARLETY avait eu une liaison avec un architecte. Officier de réserve, il avait
été mobilisé et affecté dans un des nombreux bureaux que l'Armée Allemande
avait ouvert à Paris. A la même époque, sous le soleil d'Hollywood, Jean GABIN
filait le parfait amour avec Marlène DIETRICH. ARLETY avait eu de sérieux
déboires provoqués par les épurationnistes
après la libération. Évoquant ces événements plusieurs années après, elle en
avait conclu avec philosophie : " J'ai
eu mon Prussien, et Gabinou, lui, a eu sa Prussienne ! ". Plus de 80
ans après, au cours desquels pourtant les guerres de 14-18 et 39-45 ont marqué
les mémoires, la fille d'un concierge de Courbevoie, Joséphine BATIAT, plus connue
sous le nom de scène d'ARLETY, retrouvait spontanément la désignation populaire
de la guerre de 1870 !
A l'époque des guerres de religion,
les manches des pourpoints n'étaient pas cousues, mais attachées. Suivant le groupe,
le parti, la troupe, la couleur des manches variait. Celui qui changeait de
camp, devait changer de manches, d'où l'expression que l'on entend encore
quatre siècles après : " c'est une autre paire de manches " !
Le langage populaire est un Conservatoire
!
Paul GARD.
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