samedi 23 juillet 2016

D'Octobre 2013 : Le langage populaire est un véritable Conservatoire :



Le langage populaire

Il ne faut pas confondre le langage populaire avec le ou les argots, encore moins avec les divers jargons professionnels, non plus qu'avec les langues régionales de notre Pays.

Le langage populaire se forme lentement dans la durée. Il traduit une permanence dans la façon de désigner les choses et les gens, hors de toute culture acquise, c'est-à-dire du socle commun à tous les petits Français constitué par le fameux "Certif". Tant qu'il a existé, ce Certificat d'Études primaires permettait aussi bien au menuisier de Rouergue qu'au vigneron bourguignon de maîtriser parfaitement la concordance des temps, et les problèmes de robinets ! C'est ainsi que se retrouvent, de génération en génération, les mêmes mots, bien longtemps après la disparition des circonstances historiques qui ont répandu leur usage.

Pendant la guerre 1939-1945, le Maréchal Pétain n'a jamais désigné autrement les Allemands, dans toutes ses conversations privées, que par le qualificatif : " Les BOCHES ", expression née pendant la première guerre mondiale, et qui subsiste encore au début du XXIème siècle, chez les enfants encore vivants des combattants de 1914-1918, même si cette expression a perdu depuis longtemps toute connotation péjorative.

En 1870, l'État allemand n'existait pas encore. Depuis la bataille de SADOVA, en 1866, la Prusse dominait les États germaniques. Lors des hostilités entre la France et l'Allemagne, et après le désastre de Sedan, pendant le siège de Paris, tous les soldats ennemis étaient désignés sous le nom de "Prussiens" aussi bien par les militaires que par les civils.

Au cours des années 1940-1944, ARLETY avait eu une liaison avec un architecte. Officier de réserve, il avait été mobilisé et affecté dans un des nombreux bureaux que l'Armée Allemande avait ouvert à Paris. A la même époque, sous le soleil d'Hollywood, Jean GABIN filait le parfait amour avec Marlène DIETRICH. ARLETY avait eu de sérieux déboires provoqués par les épurationnistes après la libération. Évoquant ces événements plusieurs années après, elle en avait conclu avec philosophie : " J'ai eu mon Prussien, et Gabinou, lui, a eu sa Prussienne ! ". Plus de 80 ans après, au cours desquels pourtant les guerres de 14-18 et 39-45 ont marqué les mémoires, la fille d'un concierge de Courbevoie, Joséphine BATIAT, plus connue sous le nom de scène d'ARLETY, retrouvait spontanément la désignation populaire de la guerre de 1870 !

A l'époque des guerres de religion, les manches des pourpoints n'étaient pas cousues, mais attachées. Suivant le groupe, le parti, la troupe, la couleur des manches variait. Celui qui changeait de camp, devait changer de manches, d'où l'expression que l'on entend encore quatre siècles après : " c'est une autre paire de manches " !

Le langage populaire est un Conservatoire !

Paul GARD.

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